Est-ce un #Crime d’avoir ses #Règles ?

Traduit de l’Original par Diké

En décembre 2010, l’actrice indienne Jayamala subit une enquête de la Brigade Criminelle de la police, sur ordre du gouvernement de l’état du Kérala en Inde. Elle fut alors officiellement mise en examen pour violation de la loi indienne.

Son crime, semble-t-il, est d’appartenir au sexe qui menstrue !

Elle fut mise en examen pour « actes intentionnels et malveillants destinés à bafouer les sentiments religieux d’une classe en insultant sa religion ou ses croyances religieuses », infraction définie à l’Article 295 du Code Pénal Indien.

Quel était l’acte « intentionnel et malveillant » de Jayamala ?

Son crime est d’avoir visité un certain temple, environ 23 ans auparavant, lorsqu’elle avait 18 ans, parce qu’elle voulait s’y recueillir.

En quoi ce simple acte de dévotion « bafouait-il » certaines personnes ? Pourquoi était-il si « insultant » pour eux ?

Parce que ce temple, comme beaucoup d’autres en Inde, suit une règle ancienne. Nulle femme ne peut pénétrer dans le temple durant sa période menstruelle. Dans la plupart des classes de la société indienne, les filles et les femmes sont considérées comme « impures » et « polluantes » durant leurs règles, tel que peuvent l’être des amas d’ordures, du purin en décomposition ou des gaz d’échappement toxiques. On dit que pendant leur période de règles, les femmes « polluent » l’environnement autour d’elles. Et comme le temple est un lieu sacré, le seul moyen de préserver sa « pureté » est d’empêcher les sources de « pollution » d’y entrer. Pour garantir la non pollution du sanctuaire, le temple a instauré une loi interdisant l’accès au sanctuaire à toute femme âgée de 10 à 50 ans (les années où elles pourraient menstruer).

Voilà pourquoi, Jayamala, en violant cette règle du temple à l’âge de 18 ans, il y a plus de 23 ans, avait pollué le temple, « insulté » et « bafoué » les sentiments du public, et devait en répondre devant la police et la justice.

Son « crime » fut découvert alors le temple effectuait, selon l’usage, un audit « astrologique » des rituels d’adoration. L’enquête révéla que ces rituels avaient été entravés parce qu’une femme avait pénétré le sanctuaire. Terrifiée par les insinuations, la pauvre Jayamala « avoua » son « crime » : elle dit qu’elle était entrée dans le temple par accident, poussée par la foule pressante.

Cette révélation entraîna un supplément d’enquête, menée par la Brigade Criminelle de la police, sur ordre du gouvernement régional !

Les enquêteurs décidèrent que comme les marches du temple montaient vers le cœur du sanctuaire, il n’était pas possible que Jayamala ait pu être poussée vers cet espace. La police conclut qu’elle avait menti, et la mit en examen pour « fausse déclaration » et pour « actes intentionnels et malveillants destinés à bafouer les sentiments religieux d’une classe en insultant sa religion ou ses croyances religieuses » selon l’Article 295 du Code Pénal Indien.

Mis à part un faible nombre d’Indiens, qui se rongent les ongles par frustration, indignés par une telle bigoterie et par la violation de la liberté de culte d’une personne, il y a peu de soutien public en faveur de Jayamala en Inde. Ainsi écrit ce journaliste d’un quotidien anglophone de référence en Inde“Est-il possible d’appliquer strictement les concepts modernes comme les droits des femmes en matière de foi religieuse ? Pouvons-nous rejeter une tradition établie au nom de l’égalité des sexes ? En réalité, de nombreux croyants et croyantes refusent de voir une question d’égalité des droits dans cette coutume. Cette pratique n’a rien de sexiste puisque les filles de moins de 10 ans et les femmes de plus de 50 ans ont le droit d’entrer dans le temple. Une intervention légale ne va probablement rien changer à cette situation, puisqu’il s’agit d’un problème de tradition et de foi.”

Ce principe de « l’impureté polluante » des femmes qui menstruent est soutenu par la plupart au sein de toutes les strates de la société indienne – rurales et urbaines, éduquées et illettrées, riches et pauvres. On interdit souvent aux femmes d’accéder à certaines pièces de la maison, d’approcher certaines personnes et d’entamer certaines activités. Dans certains foyers, elles sont confinées dans une pièce séparée. Si par erreur elles effectuent une action ou accèdent à certains lieux censés leur être interdits, il faut alors procéder à des rituels purificateurs pour « assainir » l’endroit ! Même Gandhi disait que les menstrues sont une manifestation de l’altération de l’âme des femmes en raison de leur sexualité. Il croyait que lorsque les âmes des femmes seraient pures, la menstruation s’arrêterait automatiquement.

Qu’est-ce qui se trouve à la racine de ces inepties ?

Serait-ce la peur ?

Une peur psychotique, collective, morbide et profondément ancrée dans les esprits – une peur inscrite depuis bien longtemps dans l’histoire et la culture de l’Inde ?

Certains des textes anciens de l’Inde, comme les Védas, datant de plus de 2000 ans, indiquent que “le sang menstruel était considéré comme l’une des manifestations les plus diaboliques du pouvoir d’une femme. On croyait que pendant le mariage du dieu lunaire, l’épouse de celui-ci avait réussi à le capturer dans sa robe de mariée rouge et violette et avait l’avait marqué d’une empreinte indélébile, qui le soumit à son emprise… Le sang menstruel [était vu comme] un animal sauvage et diabolique… qui pouvait brûler, mordre, griffer, empoisonner et même tuer un homme. De même, le sang de l’hymen défloré était également considéré comme un danger [pour l’homme], et après la nuit de noces, la robe tâchée de sang de la mariée était remise au prêtre, qui la déchirait et la jetait dans les flammes sacrées pour annihiler les pouvoirs diaboliques de la mariée.” (Rita Banerji, Sexe et pouvoir Penguin Global, 2009, p. 49)

La question devient maintenant : est-ce cette peur – cette peur ancestrale de la sexualité féminine – qui étaye non seulement des évènements comme la criminalisation du simple acte de prière de Jamalaya, mais aussi à plus large échelle l’exercice de la violence systématique envers les filles et femmes en Inde ?

Est-ce cette peur historique / collective de la sexualité féminine qui engendre cette extermination de masse des femmes en Inde, systématique et totalement irrationnelle ?

50 millions de femmes décimées impitoyablement en trois générations !! Un phénomène sans précédent !

Lorsqu’on observe les génocides dans le monde, une des forces justificatrices les plus évidentes est la haine et la peur, irrationnelles et déchaînées, du groupe victimisé.

N’est-il pas temps pour l’Inde de regarder cette peur en face ? De la reconnaître ? Et d’apprendre à la gérer avec la dignité d’une nation progressiste ?

© The 50 Million Missing Campaign. Tous droits réservés. Pour partager, merci de vous référer à nos conditions de copyright.

A Propos de la Traductrice : Diké, blogueuse féministe vivant en Inde (blog : Le Courrier de Diké)

 Crédit photo : Ramendra Singh Bhadauria ©. La déesse Kamakya, dans la région d’Assam dans l’Est de l’Inde, durant sa période menstruelle

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À propos THE 50 MILLION MISSING CAMPAIGN
This is a global campaign against female genocide in India that raises public awareness about factors like female feticide, infanticide, intentional starvation, and dowry murders that have annihilated more than 50 million women from India in 3 generations. Please support our petition for the enforcement of relevant laws in India.

One Response to Est-ce un #Crime d’avoir ses #Règles ?

  1. Thank you Diké! We are also very happy to list you on our patrons page now! Here – http://genderbytes.wordpress.com/patrons/

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