Lorsqu’Une #Organisation Qui Combat Le #Viol le Perpétue Aussi !

robert de niro think

Traduit de l’Original par Roxane Metzger

 Par Rita Banerji

En novembre, un article circulant sur Internet sur un faux « festival du viol » en Inde a choqué beaucoup de gens parce qu’il semblait se moquer du viol !

Ironiquement, au même moment, un événement rassemblant des personnalités célèbres telles que Robert De Niro, le festival ‘THINK’ à Goa (état de l’ouest de l’Inde) faisait exactement cela – il se moquait du viol et des victimes de viols !

Le festival ‘THINK’ était organisé par Tehelka, l’un des magazines les plus radicaux et libéraux en Inde. Mais pour l’Inde, cette institution est bien plus encore. Le mot ‘Tehelka’ est devenu un synonyme de révolution et d’indignation publique pour la justice et l’égalité.

La portée de Tehelka est immense. Le magazine possède une influence énorme, à la fois en Inde et dans le monde entier. Cette année, son festival THINK s’est vanté de la présence d’invités tels que Robert De Niro, Amitabh Bachchan, Medha Patkar, Garry Kasparov, Tina Brown, Mary Kom, John Pilger, et bien d’autres encore.

meira paibisLe viol était l’un des grands problèmes de ce festival THINK 2013. Des survivantes de viols ainsi que des activistes indien-ne-s se sont exprimé-e-s au sein d’un forum intitulé The Beast in Our Midst(« La Bête Parmi Nous »). Il y avait aussi Suzette Jordan, qui a été victime d’un viol collectif, une arme pointée sur elle, et qui aide d’autres survivantes alors même qu’elle se bat encore pour que justice lui soit faite ; Harish Iyer, qui a été violée par ses proches dans son enfance, et qui s’est exprimée sur le fait que les violeurs ne sont pas tous des étrangers, mais souvent ceux que nous connaissons et à qui nous faisons confiance ; Sandhya, jeune femme de 16 ans et qui a été victime d’un viol collectif, dont la mère fut également victime de viol en réunion, puis tuée lorsque la famille déposa plainte ; Ima Ngambi, membre de Meira Paibis, une organisation de mères qui se sont déshabillées en public pour protester contre les violences et viols systématiques infligés aux femmes par l’armée indienne à Manipur ; Sœur Jesme, qui a été exposée aux abus sexuels dont les nonnes sont systématiquement victimes au sein de l’Église catholique en Inde ; Manisha Devi, qui expliqua que la partie la pire du viol consiste dans le comportement du système légal, policier et social, qui perpétue l’injustice infligée aux victimes.

Un autre cas de viol s’est pourtant déroulé pendant le festival, et qui allait sortir au grand jour quelques jours plus tard.

Cette affaire a choqué la nation, et l’a forcée à se demander pourquoi Tehelka perpétuait précisément le mal qu’il prétendait combattre.

Tarun Tejpal, le fondateur, éditeur en chef, et principal propriétaire de Tehelka, a déshabillé de force et molesté sexuellement une des plus jeunes journalistes à deux reprises pendant le festival. La journaliste avait pour mission de « chaperonner » Robert De Niro au festival. Apparemment, Tejpal utilisa comme excuse une visite dans la chambre de De Niro afin de piéger la victime dans l’ascenseur, où l’incident a eu lieu. Lorsqu’elle résista, et le supplia de s’arrêter, il lui dit qu’accepter l’agression serait le meilleur moyen de garder son travail ! Les détails de l’attaque, révélés par un e-mail privé qui a fuit dans le domaine public, ont clairement montré que la nature de l’attaque [l’insertion de doigts dans le vagin de la victime] doit être classifiée comme un viol selon la nouvelle loi indienne contre le viol, qui considère toute forme de pénétration forcée comme un viol.

La victime s’est immédiatement confiée à ses trois collègues, ainsi qu’à la fille de Tejpal, qui se trouvait être une amie proche de la victime, et qui étaient toutes au festival. Quelques jours plus tard, elle s’est plainte à la directrice de la publication de Tehelka, Shoma Choudhary, une militante féministe qui avait présidé lors du festival le forum dédié aux « victimes de viols » , et qui a aussi, tout comme Tejpal, écrit et protesté avec véhémence contre le viol et les violences faites aux femmes en Inde.

Tejpal a en fait avoué avoir commis un viol dans un e-mail, « s’excusant » en quelque sorte auprès de la victime, où il admit avoir tenté de « forcer » une « liaison sexuelle » avec elle bien qu’elle l’ait refusée. Dans un autre e-mail, il l’a minimisé, qualifiant l’attaque de « badinage » alcoolisé, annonçant qu’il allait s’en « racheter » en prenant six mois de congé. Dans son e-mail adressé à la victime, Tejpal écrivit : « Tu es une jeune femme dont j’ai été très fier, d’abord comme la fille d’un collègue, puis comme une collègue dans mes propres bureaux. Je t’ai observée grandir et mûrir professionnellement pour devenir une journaliste très intègre et prometteuse. Je suis donc déchiré au-delà des mots de penser que j’ai violé cette longue relation de confiance et de respect mutuel, et je m’excuse inconditionnellement pour l’erreur de jugement honteuse qui m’a conduite à tenter une liaison sexuelle avec toi à deux reprises les 7 et 8 novembre 2013, malgré ta réticence évidente, qui montrait que tu ne voulais pas de telles attentions de ma part. Je sais que tu penses que j’ai utilisé ma position en tant que rédacteur en chef à Tehelka pour te forcer à accepter ces attentions, et je reconnais que j’ai, à un moment donné, en effet répondu à l’objection que j’étais ton patron en disant, « C’est plus facile ainsi »… »

Ce qui suivit est encore plus choquant. Les deux figures d’autorité principales de Tehelka, Tejpal et Choudhary, ont ensuite pris l’offensive, essayant d’étouffer l’affaire. Ils n’eurent de cesse de changer leur position, et utilisèrent toutes les stratégies tordues que tous les violeurs et complices de violeurs utilisent, y compris celle qui consiste à discréditer la victime, et à la calomnier.

L’accusation de viol contre Tejpal est très solide. Les détails des déclarations de la victime sont restés cohérents, et ont été corroborés par d’autres employés du festival, et en partie par les enregistrements de vidéosurveillance de l’hôtel où l’incident s’est produit. Et Tejpal, qui a d’abord échappé à l’arrestation, resté caché, parlant à travers Shoma Choudhary et ses avocats, a maintenant été arrêté pour viol.

Tejpal-1Puisqu’il s’agit d’un viol commis par une figure d’autorité, ayant un ascendant et donc une emprise sur la victime, Tejpal risque au moins 10 ans de prison, et jusqu’à la peine de perpétuité. Ironiquement, la loi (Section 376 C) que Tejpal et Tehelka avaient soutenue pour la protection des victimes de viol en Inde, est maintenant rejetée par ses avocats comme « draconienne ».

Suzette Jordan, survivante d’un viol collectif, qui s’était exprimée lors du festival THINK, a parlé de son bouleversement. Elle dit qu’elle s’est sentie horriblement « trahie ». Lors d’une interview pour NDTV, elle déclara se sentir « sale » et utilisée. Elle dit qu’elle se sentait comme si on l’avait mise sur seine dans le seul but de se moquer d’elle !

Dans sa lettre de démission à la directrice de la rédaction à Tehelka, Shoma Chaudhoury, la journaliste victime écrivit, « Ces dernières années, nous [à Tehelka] avons défendu ensemble les droits des femmes, écrit sur le viol, l’agression sexuelle sur le lieu de travail, nous avons parlé avec véhémence contre la culture de culpabilisation de la victime et d’intimidation émotionnelle stratégique, ainsi que de lynchage de celles et ceux qui osent s’exprimer contre la violence sexuelle. A un moment où je me trouve être la victime d’un tel crime, je suis anéantie de savoir que le rédacteur en chef de Tehelka, et que vous – en tant que directrice de la rédaction – vous en remettez précisément à ces tactiques d’intimidation, de lynchage et de calomnie… Étant donné le déroulement des événements depuis le 7 novembre, ce n’est pas seulement M. Tejpal qui m’a déçu en tant qu’employeur – mais Tehelka qui a déçu à la fois les femmes, les employé-e-s, les journalistes et les féministes.

indian army rape us

Cependant, cette affaire de viol semble être une boîte de Pandore, révélant toute une série de secrets noirs, y compris le détournement de fonds par ses patrons à travers des associations d’affaires louches. Et pendant que les actionnaires de Tehelka gagnaient de gros dividendes, le traitement qui était réservé aux employé-e-s était exécrable. Il a été rapporté qu’ils ne bénéficiaient pas même de provisions de base comme l’assurance médicale, d’indemnité de fin de carrière ou encore de caisse de prévoyance. Souvent, leurs salaires leur arrivaient 2-3 mois en retard.

En Inde, les libéraux et les chefs de file du féminisme, qui faisaient partie du réseau élitiste et moralisateur de Tehelka, qui prétendait défendre les droits des femmes, sont à présent soit très discrets, soit engagés avec véhémence dans une logique de dénonciation amère de l’indignation publique et du traitement médiatique « excessifs » de cette affaire. Plusieurs de ces féministes ont affirmé que Shoma Chaudhoury ne devrait pas être vue comme la complice du crime de Tejpal, essayant de le couvrir.

A mon sens, c’est précisément l’aspect le plus inquiétant. Pourquoi des féministes et des libéraux amis de Tejpal devraient-ils, à la fois en inde et en Occident, refuser de voir ou de condamner avec colère ce viol, ou encore de reconnaître la complicité de Shoma Chaudhoury, comme ils le feraient dans d’autres cas ? Pourquoi cela ne les bouleverse-t-il pas comme la journaliste violée et les autres victimes de viol qui ont participé à ce festival ? Pourquoi se contorsionnent-ils pour l’ignorer et/ou le défendre ? Jusqu’à quel point l’exploitation du viol comme ’cause’ sociale va-t-elle ? Ces problèmes sont-ils devenus des problèmes personellement et financièrement exploitables pour les ONG et autres organisations, parmi les féministes et les libéraux ? Tehelka n’est-il que la partie emergée de l’iceberg ? Est-ce pour cela que le viol de Tehelka met une grande partie des féministes, libéraux, activistes et intellectuels mal à l’aise ?

© The 50 Million Missing Campaign. Tous droits réservés. Pour partager, merci de vous référer à nos conditions de copyright.

A PROPOS DE L’AUTEURE

rita.banerji.photoRita Banerji est une auteure et activiste pour les droits des femmes, ainsi que la fondatrice de la 50 Million Missing Campaign pour stopper le génocide féminin en Inde. Son livre,  Sex and Power: Defining History Shaping Societies,‘ porte un regard historique et social sur le rapport entre genre et pouvoir en Inde en tant que cause de l’actuel genricide de l’Inde. Son site internet est  www.ritabanerji.com Elle blogue surRevolutions in my Space et tweete sur @Rita_Banerji

A PROPOS DE LA TRADUCTRICE

Roxane Metzger est l’éditrice/coordinatrice du blog francophone de la 50 Million Missing Campaign.

Publicités

À propos THE 50 MILLION MISSING CAMPAIGN
This is a global campaign against female genocide in India that raises public awareness about factors like female feticide, infanticide, intentional starvation, and dowry murders that have annihilated more than 50 million women from India in 3 generations. Please support our petition for the enforcement of relevant laws in India.

One Response to Lorsqu’Une #Organisation Qui Combat Le #Viol le Perpétue Aussi !

  1. Rita Banerji says:

    A reblogué ceci sur REVOLUTIONS IN MY SPACE: A BLOG BY RITA BANERJIet a ajouté:

    Le mot ‘Tehelka’ est devenu un synonyme de révolution et d’indignation publique pour la justice et l’égalité.

    La portée de Tehelka est immense. Le magazine possède une influence énorme, à la fois en Inde et dans le monde entier. Cette année, son festival THINK s’est vanté de la présence d’invités tels que Robert De Niro, Amitabh Bachchan, Medha Patkar, Garry Kasparov, Tina Brown, Mary Kom, John Pilger, et bien d’autres encore.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :