La Survivante du #viol collectif de #Suryanelli : « Aurais-je reçu plus de soutien si j’avais perdu la vie ? »

Traduit de l’Original par Diké

En janvier 1996, une écolière fut kidnappée, enfermée, violée et brutalisée par 42 hommes durant 40 jours. 16 ans plus tard, elle attend toujours que justice soit faite. Comme la loi indienne interdit de divulguer le nom des victimes de viol, la victime devint connue sous le pseudonyme de « Suryanelli girl » [la fille de Suryanelli, du nom de son village d’origine]. Pour lire le récit complet de son combat ininterrompu pour la justice, cliquez ici.

En Inde, après l’affaire du viol collectif de New Delhi dans un bus, dont la victime succomba aux blessures reçues, nombre de survivantes de viols collectifs violents ont posé la même question : auraient-elles reçu plus de soutien public si elles aussi avaient été tuées après le viol ? Pourquoi les femmes qui ont survécu à des viols collectifs violents en Inde, et qui se battent contre une police corrompue et un système criminel pour obtenir justice, ne reçoivent-elles pas le même type de soutien public, en Inde et à l’international, même si leurs cas sont aussi graves et connus que les affaires de Suryanelli et de Park street par exemple ? Pourquoi personne ne se bat à leurs côtés, alors qu’elles continuent leur combat, en dépit de tout le harcèlement causé par un système criminel et par la stigmatisation sociale ?
Ci-dessous, la victime de Suryanelli formule cette question dans ses propres mots :

suryanelli facelessVous ne connaîtrez peut-être jamais mon nom. Jusqu’à ma mort, je suis destinée à porter le poids de cette étiquette dont je ne peux me débarrasser. Je suis la fille de Suryanelli. Cela fait 17 ans que je me bats pour la justice, tandis que certains me désignent comme une « enfant prostituée » et d’autres comme la victime. Mais personne ne m’a jamais donné un surnom, tel Nirbhaya ou Amanat (trésor) [ainsi qu’on l’a fait pour la victime du viol collectif de Delhi]. Je ne serai jamais la fierté de la nation ou le visage des femmes abusées. Je ne suis plus l’écolière de 16 ans qui tomba amoureuse pour la première fois, et en perdit la vie.
Pourtant, à 33 ans, je me bats contre les mêmes cauchemars. Mon univers est une interminable route grise, qui s’étend de ma maison à l’église et au bureau.
Les gens ont tendance à ricaner lorsque je raconte les 40 jours au cours desquels je fus réduite à un corps féminin destiné à tous les usages qu’ils souhaitaient, vendue comme une bête de somme en cage, poussée dans des chambres obscures à travers la région, violée nuit et jour, frappée à coups de pied et de poing. Ils me demandent comment je peux me souvenir de tout cela, et moi, je me demande comment je pourrais un jour oublier ? Je tombe dans un sommeil perturbé chaque nuit, avec des flashs de ces jours-là qui me reviennent à l’esprit, et je me réveille dans un trou sombre et insondable, peuplé d’hommes poisseux et de femmes malveillantes.
Mon traumatisme ne se termina pas lorsqu’ils se débarrassèrent de moi, laissée pour morte près de ma maison. Avec le soutien de ma famille, j’ai porté plainte en pensant qu’il fallait empêcher que cela n’arrive à une autre fille. Je croyais bien faire, mais ce qui suivit m’a convaincue du contraire. L’équipe chargée de l’enquête m’exhiba à travers toute la région, en me demandant, sans arrêt, de décrire à nouveau tout ce qu’ils m’avaient fait subir. Les enquêteurs m’ont fait comprendre qu’être une femme n’est pas facile, en tant que victime ou survivante.
Je me sens soulagée que la fille de Delhi soit morte, sans quoi elle aurait dû faire face aux même questions teintées d’allusions pornographiques et omniprésentes, forcée de se justifier sans arrêt, et aurait dû passer sa vie à craindre sa propre ombre, sans le moindre ami. Lire la suite

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En Quoi l’Annihilation des #Femmes Indiennes est-elle un #Génocide?

par Rita Banerji

Traduit de l’original par Roxane Metzger

poster designed by Abro. All Rights Reserved. This poster is at The Library of Congress, Washington D.C.

Poster conçu par Abro ©. Tous Droits Réservés. Ce poster se trouve à la Bibliothèque du Congrès à Washington D.C.

Quelqu’un m’a laissé un message sur mon site flickr, en réaction à un de mes posts  sur le génocide féminin en Inde. Il m’a écrit, « le mot ‘génocide’ ne s’applique pas ici; son utilisation dans ce contexte ne fait que dégrader le mot ».  Je lui ai demandé de m’expliquer pourquoi. Ce à quoi il a répondu: « Cette situation ne correspond pas à la définition légale d’un génocide [selon] la Convention sur la Prévention et la Répression du Crime de Génocide de l’ONU de 1948 (CPRCG). »

L’Article de l’O.N.U. définit le génocide comme:

(a) Le meurtre de membres du groupe;

(b) L’atteinte grave à l’integrité physique ou mentale de membres du groupe;

c) La soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;

d) La prise de mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

e) Le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

J’ai donc contre-argumenté. « Il s’agit précisément d’un génocide selon cette définition du génocide. »  Les femmes sont tuées en Inde à toutes les étapes de la vie, avant et après la naissance, simplement parce qu’elles sont du sexe féminin. Ceci n’arrive pas aux garçons et aux hommes! Il s’agit de l’élimination DE MASSE, CIBLÉE contre un groupe en particulier.

Plus de 50 millions de femmes  ont été éliminées en Inde en 3 générations. Plus d’un million de fœtus féminins  sont avortés de manière sélective chaque année. Les compagnies médicales occidentales se bousculent pour procurer à ce marché misogyne des technologies novatrices. Des milliers de nouveaux-nés féminins sont étranglées, noyées ou Lire la suite

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